Prostitution : contre la répression et l'hypocrisie
Par Charlotte le mardi 5 juin 2007, 22:07 - Lien permanent
Il est de bon ton de se montrer offusqué par la prostitution, que la critique soit de pur ordre moral ("cachez donc ce sein que je ne saurais voir") ou qu'elle soit sur un mode féministe de critique de l'esclavagisme sexuel.
Il faut au contraire sortir de cette posture un peu hypocrite, pour proposer une politique qui aide avant tout les prostituées elles-mêmes et qui les protège des réseaux mafieux.
La répression ?
Les mesures de répression contre les prostitué-es ont eu un impact extrêmement grave en termes sanitaires, sociaux et humains. Premières visées, des centaines d’étrangères sont expulsées ou se retrouvent sous le coup d’arrêtés de reconduite à la frontière. Plus généralement, le repli manifeste de toutes les personnes prostituées cherchant désormais une invisibilité maximale les mène à une clandestinité très dommageable en termes de violence (accrue) et d’accompagnement social (amoindri).
Malgré les lois votées depuis 2002, la prostitution n'a pas disparu. Quel scoop ! De nombreux femmes et hommes continuent d'exercer "le plus vieux métier du monde", dans le bois de Boulogne, sur l'avenur Foch etc.
Mais dans quelles conditions ? Criminalisés, ils/elles sont à la merci de clients ou des souteneurs. Les associations ont de plus en plus de mal à rester en contact avec ces personnes, de plus en plus isolées, de plus en plus fragiles.
En effet, les mesures de la Loi de Sécurité Intérieure mènent en effet au résultat inverse à celui proclamé : en punissant les victimes, la loi renforce la dépendance des prostitué-es aux mafias.
Abolition de la prostitution ?
En France, la loi tolère la prostitution, mais réprime la plupart des moyens qui permettent de l'exercer (d'ailleurs ces moyens varient grandement selon que l'on se prostitue dans la rue, en studio, dans des bars, comme escort boy ou escort girl, par internet ; que l'on est homme, travesti, transgenre…). La loi est "abolitionniste", en ce sens qu'elle vise l'abolition de la prostitution, comme on parle d'abolition de l'esclavage. Beaucoup de féministes reprennent cette argument, en dénoncant la prostitution comme un esclavage sexuel.
Mais cette position est quelque peu hypocrite. Elle prétend défendre les prostitué-es, à leur place, en les posant avant tout comme des victimes et non pas comme des personnes autonomes. D'ailleurs, d'autres féministes (comme Femmes Publiques) défendent une attitude non compassionnelle vis-à-vis de la prostitution.
Protection avant tout
Les Verts réclament l’abrogation des mesures de répression à l’encontre des prostitué-es (de la LSI aux arrêtés municipaux interdisant la prostitution en centre-ville notamment).
Une véritable politique de lutte contre le proxénétisme est possible et elle commence par une protection des victimes de la traite : régularisation du séjour, protection socio-juridique, droit de travailler.
Ceci va de pair avec une véritable politique de prévention et de formation pour celles et ceux qui veulent quitter le trottoir, le respect du choix de vie pour les autres, et l’application du droit commun pour toutes et tous.


