Publicité excessive - “Il faut passer aux actes !”
Par Charlotte le samedi 20 juin 2009, 09:20 - Lien permanent
France Soir - interview | Résistance à
l’agression publicitaire (RAP) est l’une des cinq associations consultées lors
de l’élaboration du rapport sur la publicité extérieure. Elle combat
l’implantation illégale de panneaux publicitaires. Sa présidente, Charlotte
Nenner, exprime sa déception mais aussi sa détermination face aux propositions
énoncées dans le rapport.
FRANCE-SOIR. Ces propositions du rapport Dupond pour lutter contre la pollution visuelle vous satisfont-elles ? CHARLOTTE NENNER. La proposition de créer des zones d’interdiction autour des écoles est alléchante. Mais dans l’ensemble nous sommes déçus. Réduire les affiches à 12 m2, ça ne nous avance pas, puisque c’est le format de base, celui qu’on voit partout. On espérait au minimum une réduction à 8 m2. C’est un coup d’épée dans l’eau. Ce rapport donne des pistes sans rien avancer, mais maintenant il faut passer aux actes. Le gros point faible est le transfert du pouvoir de police aux maires, alors qu’ils sont beaucoup plus fragiles face au lobby des publicitaires. C’est une erreur majeure de croire que les maires feront mieux la police que les préfets. L’Etat se désengage complètement. Les petites communes auront du mal à résister aux pressions des annonceurs.
La situation est-elle pire en France qu’ailleurs ? La France est un mauvais élève européen. L’affichage représente en France 12 % des dépenses des publicitaires, contre 4 % aux Etats-Unis et 3 % en Allemagne. La France est plus dévastée qu’ailleurs avec les panneaux de 4 mètres par 3 implantés dans les villes et aux abords des villes. On a en plus des panneaux en hauteur sur un mât, qui s’enchaînent les uns derrière les autres. Ces supports sont très visibles et encore plus prégnants qu’avant. Les campagnes sont dévastées par les préenseignes implantées le long des routes pour annoncer des commerces plusieurs centaines de mètres par avance. Et comme si ça ne suffisait pas, on est maintenant envahis par des écrans de télévision géants et des panneaux intelligents équipés de caméras.
La diminution de la publicité ne risque-t-elle pas de mettre les commerçants en difficulté ? On n’est pas forcé d’envahir l’espace public pour faire tourner l’économie. Aux Etats-Unis, dans le Maine, le Vermont, Hawaii et l’Alaska, ou encore au Brésil, à Sao Paulo, les panneaux publicitaires sont interdits et l’activité économique ne s’effondre pas pour autant. Chez nous, au contraire, on est dans la surenchère et cela peut avoir des effets négatifs. La France est la première destination touristique mondiale. Si on la défigure, on tue la poule aux œufs d’or. On est entré dans une spirale infernale qui a pour effet de dégrader le paysage. Cette absence de « pensée durable » ne permet pas de parler d’aménagement du territoire, mais plutôt de non-aménagement du territoire.
De quelle façon allez-vous continuer à défendre votre cause ? On ne va pas se contenter de mesurettes, on veut des effets visibles. Nous souhaitons continuer à travailler avec des parlementaires afin d’obtenir des mesures ambitieuses. Au-delà de la pollution visuelle, le contenu même des affiches est à revoir. On trouve par exemple devant les écoles des pubs pour l’alcool ou pour des gros 4 x 4 qui vont complètement à l’encontre du développement durable.
Laurence Valdès source


